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Les 2 états de la matière… Norflok (36.922333,-76.187833) :: par pascal montes
Écrit par pascal montes le 16 novembre
Connaissez-vous le principe d’Antoine (chanteur et navigateur français) ?
« Toute pièce sur un bateau possède 2 états, un état stable (la panne) et un état instable (le fonctionnement). Avec le temps chaque pièce tend à passer de son état instable à son état stable. »
De Cape May à Norflok
Cape May est situé à l’extrême sud du New Jersey, ce cap magnifique marque l’entrée de la baie de la Delaware. Sur le Cape May existe une petite ville du même nom, construite autour d’un port naturel à l’intérieur même de la péninsule. La ville de Cape May est particulièrement jolie, avec ses maisons toutes de bois construites. Les gens y sont accueillants et sympathiques. L’activité principale est la pêche, toutes sortes de pêche dont le Hummm…ard :)… bien sûr qu’à mon retour j’y ferai à nouveau un arrêt !
Mardi 3 novembre, au petit matin sous une lune presque pleine, nous avons quitté la quiétude de Cape May pour l’immensité Océane. Peu de vent alors, mais une petite houle, restant d’un vent passé, marquait encore la mer. Le cap 182, direction SUD, au moteur :(… jusqu’au milieu de l’après midi. Puis une petite brise d’Ouest nous permit de hisser les voiles et de couper ENFIN le moteur. 6.5-7kn de vitesse, le bateau avançait au travers (allure du bateau lorsque le vent vient d’un de ses côtés) tribord amure (lorsque le vent vient du côté tribord du bateau). Puis lentement le jour laissa la place à la nuit, laissant apparaître sous un ciel complètement dégagé la lune et son magnifique reflet sur les flots. C’était d’une rare beauté ! Le vent vira aussi, lentement cette fois-ci, pour finir NNW, poussant ainsi le bateau par l’arrière. En virant, il prit aussi de la vigueur pour s’établir entre 20 et 25kn. Dans de telles conditions, la mer ne manque pas de se former, cela va de soit ! Mais 25kn par vent arrière, c’est très confortable, surtout lorsque à la barre il y a un pilote automatique, allégeant grandement la tâche de la personne de quart. Nous nous enfoncions de plus en plus dans la nuit, dans la nuit mais aussi vers le sud :). La douce lumière dégagée par la Lune, rendait l’horizon parfaitement clair. Quel contraste avec nos 2 premières journées. La confiance était revenue et je nous voyais déjà voguant jusqu’aux Bahamas ! Moment magique
Vous rappelez-vous les 2 états…
Dame nature peut être dure… reprendre avec autant de brutalité ce qu’elle nous a offert !!!
1h20, mercredi matin, je n’arrive toujours pas à dormir tellement la vue est magnifique ! Sur le pont Pierre et moi, couchés chacun sur un des bancs du cockpit. J’observe autour de moi… Les vagues poussent parfois le bateau à près de 9 kn, mais n’altère aucunement notre confort. Manon, dans sa cabine, profite elle aussi de la tranquillité du moment, elle le mérite bien !
1h20, après avoir parcouru plus de 110 miles nautiques (200km), nous nous trouvons désormais à 60 miles à l’ouest de l’entrée de la baie de Chesapeake.
1h20, l’alarme du pilote automatique vient de se déclencher, quelque chose vient d’arriver et le pilote a subitement cessé de répondre !!! Ah les 2 états …
Le bateau venait brutalement de perdre son cap et nous notre état de grâce !!! La GV (grand voile) était arisée complètement et le génois enroulé, lorsque cela se produisit. La mer avait eu des heures pour se former et ce qui est confortable par vent arrière devint un cauchemar au petit largue (allure entre vent venant de face et vent venant de travers).
Suite au bris du pilote, nous avons donc décidé de retourner sur la côte, vers la baie de la Chesapeake et Norflok. Quittant ainsi le vent arrière pour le petit largue. Mais la route devait être longue et fatigante.
Même complètement arisée, la GV reste particulièrement grande, je pense qu’il lui faudrait une 4ième bande de ris ! Alors nous avons du affaler la voile et sortir un peu de génois. L’opération, croyez-moi, est plutôt délicate, le vent mais surtout les vagues, dont quelques petites déferlantes, rendent l’opération délicate et hasardeuse, car il faut monter sur le pont et aller au pied du mat. Puis nous fîmes route vers l’ouest en essayant de garder l’allure du bateau, avec en tout et pour tout qu’une toute petite pièce de tissu en guise de voile. Le vent avait encore forci, approchant les 30kn. Le bateau filait à 6-6.5kn malgré tout, mais les vagues sur le travers du bateau rendent la tâche difficile. Nous avons barré le bateau pour maintenir l’allure uniquement en regardant le cadran de la girouette, tout le reste de la nuit, en se relayant aux heures Pierre et moi… fatigue, déception et découragement… mais on doit se rendre à bon port ! Les vagues cognaient dur ! Quelques petites déferlantes on même à quelques reprises déplacé le bateau sur plusieurs mètres à bâbord, drôle de sensation, dans la nuit avec le bruit du choc de la vague sur la coque et le paquet de mer qui nous vole dans la gueule…
Finalement, ce qui n’en finissait plus de finir, finit ! L’entrée de la Chesapeake fut à portée d’étrave, le jour remplaça la nuit et les vagues se firent plus douce, grâce surtout à la protection de la côte. Puis nous passâmes l’immense pont-tunnel marquant l’entrée de la baie, et allâmes nous protéger dans une marina dans le port naturel de Little Creek (Norfolk, Virginia)… Je crois que je n’aurais pas volé mes vacances au soleil ![]()
Après démontage du panneau de pont protégeant le secteur de barre, nous pûmes nous rendre compte des dégâts, qui somme toute étaient mineurs, ouf ! La fixation du vérin du pilote automatique sur le secteur de barre avait été sectionnée net ! La pièce était définitivement sous-dimensionnée ce qui explique le tout. Nous avons très vite trouver dans la marina, quelqu’un apte à nous refaire la pièce solide cette fois-ci !
Depuis cette nuit, le vent souffle à plus de 30kn dans la baie, qu’est-ce qu’on est bien amarré au quai ! On repart demain, mais ne compter plus sur moi pour de nouvelles aventures de ce type, je rêve de calme et de douceur… Que la caresse du soleil et la chaleur de l’eau vont être bonnes !
Prochaine étape Beaufort (North Carolina), puis navigation côtière jusqu’en Floride, « ya assez de sel dans ma soupe !! »
Attention à vous, nous on ne fait que ça ![]()


Commentaires
Et le capitaine de Soleiado, même dans l’adversité, a deux états lui aussi: stable (l’optimiste et la détermination) et instable (la déprime). Et il ne faut pas beaucoup de temps pour qu’il passe de son état instable à son état stable!
Pascal, tu es cent fois plus solide que le plus solide des bateaux et cette force t’a menée au bout de ton rêve. À toi les Bahamas!
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